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Qui organise réellement l’élection

Neuf membres au sommet, trois dans chaque bureau départemental et communal, et, c’est la partie qui surprend, trois étudiants tirés au sort dans la salle où votre bulletin est manipulé. Qui ils sont, comment ils sont choisis, ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire, et comment servir vous-même.

Mis à jour le 2026-08-22

Le jour du scrutin, vous remettrez votre carte d’identité à un inconnu, vous le regarderez vous tendre un bulletin, et vous ferez assez confiance à l’ensemble du dispositif pour repartir ensuite. Il vaut la peine de savoir qui est cette personne, comment elle a obtenu ce rôle, et qui se tient au-dessus d’elle. Le décret répond aux trois questions avec plus de détail qu’on ne l’imagine, et l’une des réponses surprend presque tout le monde.

En bref

Le CEP organise et contrôle l’ensemble du processus en toute indépendance jusqu’à la proclamation des résultats (décret, art. 5). En dessous se trouvent un bureau électoral départemental (BED) dans chaque chef-lieu et un bureau électoral communal (BEC) dans chaque commune, trois membres chacun, recrutés sur concours (art. 19 à 27). Les trois personnes qui tiennent votre bureau de vote sont des étudiants : élèves de Secondaire 4, stagiaires de centres de formation professionnelle et universitaires d’au moins 18 ans, désignés par tirage au sort en séance publique à partir des listes soumises par leurs institutions (art. 41 et 42). Le bureau compte au moins une femme (art. 45). Être tiré au sort n’est pas une invitation : c’est une obligation civique (art. 43). Le recrutement des membres de bureau court du 1er septembre au 21 novembre 2026.

Le conseil au sommet

L’art. 5 énonce le mandat du CEP en une phrase : il est chargé d’organiser et de contrôler, en toute indépendance, toutes les opérations électorales sur tout le territoire de la République jusqu’à la proclamation des résultats du scrutin. Le même article lui reconnaît l’autonomie administrative et financière, lui impose de s’assurer que les procédures, les équipements et les matériels électoraux sont appropriés et accessibles, et fait de lui le contentieux de toutes les contestations soulevées à l’occasion des élections ou de l’application ou de la violation de la législation électorale.

L’art. 8 en décrit la forme. Le CEP comprend un Conseil d’Administration constitué de ses neuf membres, un organe exécutif qui assure le travail opérationnel, et un organe contentieux qui juge les contestations. Son siège est à la capitale et sa juridiction s’étend à tout le pays (art. 7).

Une distinction à garder en tête : le conseil actuellement en fonction est provisoire. Le Conseil électoral permanent prévu par la Constitution compte neuf membres, trois désignés par l’Exécutif, trois par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et trois par l’Assemblée nationale à une majorité des deux tiers dans chaque chambre (Constitution, art. 192, amendé en 2011). On emploie les mêmes trois lettres pour les deux, et c’est là que commence une bonne part de la confusion publique.

Le décret prévoit aussi des contraintes faciles à ignorer, et que vous pouvez vérifier.

  • Pas de politique. Il est interdit à tout membre, agent public, fonctionnaire ou employé du CEP de mener des activités liées aux intérêts politiques ou d’avoir un comportement assimilé à celui d’un représentant politique (art. 9).
  • Déclarer son patrimoine. Le président et les membres du CEP, le directeur général et les directeurs, les membres de chaque BED et de chaque BEC, et les juges électoraux sont assujettis à la déclaration de patrimoine trente jours après leur installation et trente jours après leur sortie de fonction (art. 10).
  • Rendre compte, ou ne pas être payé. Toute personne visée à l’art. 10 doit dresser un rapport pour chaque mission effectuée dans le cadre du décret, et le paiement du salaire est subordonné à la transmission d’une copie de ce rapport (art. 11).
  • Rendre compte chaque trimestre. Le CEP doit remettre à l’Exécutif un rapport sur l’état d’avancement des activités électorales à la fin de chaque trimestre, et un rapport financier détaillé au ministère de l’Économie et des Finances ainsi qu’à la Cour supérieure des comptes (art. 12, dont le décret du 2 juillet 2026 a porté le délai à trente jours).

Une protection joue en sens inverse : les membres du CEP, des BED et des BEC ne peuvent faire l’objet d’aucune mesure de contrainte par corps dans l’exercice de leur fonction, sauf en cas de flagrant délit (art. 386).

Deux échelons sur le terrain

Le CEP n’atteint pas votre commune directement. Deux structures déconcentrées s’en chargent (art. 19).

BEDBEC
Un par chef-lieu de département, sauf l’Ouest, qui en compte deux (art. 20)Un par commune ; Port-au-Prince en compte trois, relevant tous du BED Ouest I (art. 25)
QuiTrois membres : un président, un vice-président et un secrétaire-trésorier (art. 21)Trois membres, les mêmes trois rôles (art. 26)
CommentSur concours organisé dans la transparence par la Direction générale, selon des procédures et des critères de sélection prédéfinis, avec un quota d’au moins 30 % de femmes ; à compétence égale, la personne en situation de handicap est préférée (art. 22 et 27, réécrits par le décret du 2 juillet 2026)
SermentDevant le Tribunal de première instance du département (art. 24)Relève du BED (art. 25)

Ce sont ces bureaux qui affichent les listes électorales trente jours avant le scrutin (art. 62 et 71), où est affichée la liste des centres de vote (art. 218), et où les résultats finissent par être affichés (art. 265). Si vous avez besoin de voir un document officiel de vos propres yeux plutôt que sur un écran, le BEC de votre commune est l’adresse.

Les trois personnes de votre salle

Voici la partie qui surprend. Les membres de votre bureau de vote, les MBV, sont des étudiants.

L’art. 41 est explicite. Ce sont des élèves de la classe de Secondaire 4 (S4), des étudiants de centres de formation professionnelle et des universitaires âgés de dix-huit ans au moins, recrutés à partir des listes soumises par les écoles, les universités et les centres de formation professionnelle au moins soixante jours avant le scrutin. Ces institutions doivent être reconnues par l’État, et les citoyens qu’elles proposent doivent faire preuve de neutralité et d’impartialité.

Figurer sur une liste ne suffit pas. L’art. 42 exige que la liste définitive soit établie par tirage au sort, en séance publique, par le BEC de la commune. L’art. 42.1 précise qui est invité à y assister : les représentants des écoles, des centres de formation professionnelle et des universités ayant soumis leurs listes, ceux des partis politiques, groupements et regroupements, des candidats indépendants, des organismes d’observation accrédités et de la presse. Un procès-verbal en est dressé et affiché immédiatement au BEC.

Vient alors la phrase la plus difficile à croire. Art. 43 : obligation est faite aux citoyens choisis de se mettre à la disposition du CEP en vue de remplir leurs devoirs civiques, et à défaut, ils sont sanctionnés. Être tiré au sort est une convocation, pas une proposition.

Les conditions de l’art. 44 sont exigeantes pour une fonction d’un jour : être haïtien et âgé d’au moins 18 ans, jouir de ses droits civils et politiques, détenir une carte d’identification nationale valide, détenir un document attestant le niveau d’études prévu à l’art. 41, être de bonnes vie et mœurs, être en règle avec le fisc, détenir un certificat de police négatif, n’avoir jamais été reconnu coupable de fraudes électorales et n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive ou infamante.

Ils sont trois par bureau, et le bureau compte au moins une femme (art. 45) : un président, assisté d’un vice-président et d’un secrétaire (art. 45.1). Le président a la garde de tous les documents électoraux du bureau et les transmet contre accusé de réception.

Deux règles protègent la salle des partis. Un MBV ne peut être inscrit comme observateur ni comme mandataire d’un parti ou d’un candidat, sous peine d’exclusion (art. 46). Et aucun membre d’un bureau n’a le droit d’en quitter l’enceinte pendant les opérations de vote sans la permission du superviseur adjoint (art. 229). Ils se présentent au moins une heure avant l’ouverture (art. 223) et prêtent serment devant le juge de paix, sans frais, avant d’entrer en fonction (art. 48).

Tout cela est vérifiable avant le scrutin : la liste des membres de bureaux de vote est affichée au moins vingt-deux jours avant (art. 219).

Celles et ceux que vous ne remarquerez pas

Trois autres rôles sont présents dans le bâtiment.

  • Réservistes et orienteurs. Des membres supplémentaires sont tirés au sort en même temps que les autres, pour deux tâches : remplacer les membres absents et jouer le rôle d’orienteur chargé d’aider l’électeur à identifier son bureau de vote (art. 47). Si vous êtes perdu dans un grand centre, c’est à eux qu’il faut s’adresser. Les numéros des bureaux et les listes d’électeurs sont par ailleurs placardés lisiblement sur les murs des bureaux (art. 228).
  • Superviseurs. Les superviseurs principaux coordonnent la formation des MBV, vérifient les matériels, gèrent les centres et leur personnel, et supervisent les superviseurs adjoints (art. 37). Les adjoints assurent la formation sur le terrain, distribuent les matériels de vote et, c’est important, contresignent tout procès-verbal d’incidents et d’irrégularités dressé par le président d’un bureau à la demande de toute partie intéressée (art. 38). Eux aussi prêtent serment devant le juge de paix (art. 40).
  • Agents de sécurité électorale. Le CEP en nomme au moins deux par centre de vote, chargés d’aider au maintien de l’ordre lors de l’inscription et du scrutin, de sécuriser le matériel électoral et de prévenir toute contrainte sur les électeurs (art. 49). Ils doivent être haïtiens, détenir une carte d’identité valide, résider dans le département où ils exercent, être en bonne santé physique et mentale, détenir un certificat ou une attestation et une expérience avérée en sécurité, jouir de leurs droits civils et politiques, être en règle avec le fisc et détenir un certificat de police négatif (art. 50). Ils travaillent avec les agents de la Force publique et sont les derniers à quitter le centre, sous peine de sanctions (art. 51).

Qui a le droit de regarder

L’observation est admise à toutes les étapes du processus, sauf lors des délibérations des conseillers et des juges électoraux (art. 253). Les observateurs sont accrédités par le CEP à la demande d’une organisation nationale ou internationale et reçoivent une carte d’accréditation ; les institutions internationales passent par le ministère des Affaires étrangères, qui achemine la demande au CEP (art. 257).

Les observateurs accrédités sont tenus à la neutralité, à l’impartialité, à l’objectivité et à la légalité, et ils sont habilités à s’informer du processus auprès de toutes les structures du CEP, à faire des suggestions, à signaler les irrégularités constatées au moment du scrutin et à demander qu’un procès-verbal en soit dressé, et à formuler des recommandations (art. 254). Ils ont accès aux bureaux départementaux de tabulation et au centre de tabulation (art. 258). Les mandataires de partis peuvent également assister, à titre d’observateur, à la saisie des données de vote (art. 264).

Il existe des limites, et elles expliquent quelque chose que vous verrez le soir du scrutin. Rien de ce que porte ou utilise un observateur ne doit laisser croire qu’il appuie un candidat ou qu’il a une position sur les changements proposés dans la Constitution (art. 256). Et en aucun cas les observateurs nationaux ou internationaux ne peuvent publier des résultats partiels ni la tendance du vote avant la publication officielle du CEP, sous peine des sanctions pénales prévues par le décret (art. 259). Quand quelqu’un annonce un vainqueur à la radio à 20 heures, ce n’est pas un observateur qui fait son travail. Lire : Résultats préliminaires et définitifs

Comment servir, et quand

Si vous avez 18 ans ou plus et que vous êtes inscrit en Secondaire 4, dans un centre de formation professionnelle reconnu par l’État ou à l’université, vous êtes exactement la personne que décrit l’art. 41. Le chemin passe par votre institution : elle soumet la liste, le BEC procède au tirage au sort en public, puis informe les citoyens choisis et en fait rapport au BED (art. 41, 42 et 42.1).

Le calendrier du CEP met des dates réelles sur tout cela.

RôlePériode
Recrutement des superviseurs de centres de vote31 août → 26 septembre 2026
Recrutement des membres de bureaux de vote (MBV)1er septembre → 21 novembre 2026
Accréditation des mandataires de partis3 octobre → 4 décembre 2026
Accréditation des observateurs et journalistes3 juillet → 18 août 2026 (clos)

Deux remarques honnêtes. La période d’observation inscrite au calendrier publié est déjà close : si c’était ce rôle que vous visiez pour ce cycle, il faut s’adresser à une organisation accréditée plutôt qu’au CEP directement. Et un rappel de l’art. 46 : on ne peut pas être MBV et, dans la même élection, observateur ou mandataire de parti. Il faut choisir. Lire : Le calendrier électoral 2026-2027

Ce que cela change dans votre vie

La prochaine fois qu’on vous dira que l’élection est tenue par une machine invisible, vous aurez une image plus juste : neuf membres au sommet, trois personnes dans un bureau départemental, trois dans un bureau communal, et, dans la salle où votre bulletin est réellement manipulé, trois jeunes d’une école ou d’une université de votre propre commune, tirés au sort devant les partis et la presse, assermentés devant un juge de paix, dont au moins une femme.

Cette architecture n’est pas décorative. C’est pour cela que la liste de celles et ceux qui tiendront votre bureau est publique vingt-deux jours à l’avance, que le tirage se fait à découvert, et que le résultat de votre bureau finit affiché sur le mur de ce même bureau. Vous avez le droit de tout regarder. Et si vous êtes étudiant et majeur, vous avez le droit d’en faire partie : cette année, la porte s’ouvre le 1er septembre.

Sources

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